Love Streams

John Cassavetes >14/07

1984 . USA . AVEC GENA ROWLANDS, JOHN CASSAVETES, DIAHNNE ABBOTT - 2H21 - VO ST BIL - COPIE NEUVE

Love Streams, qu’on peut considérer comme le dernier vrai film de Cassavetes, est le troisième volet d’une sorte de trilogie du mal-être féminin commencée avec A Woman Under the Influence et continuée dans Opening Night. Mais la sollicitude du cinéaste pour les personnages féminins en perdition est compensée ici par celle qu’il éprouve aussi pour les hommes plus ou moins paumés. C’est, en ce sens, son film le plus équilibré, si l’on peut user d’un tel terme à propos de ce cinéaste du déséquilibre. Les rapports entre frères et sœurs, esquissés dans Shadows (peut-être parce que Cassavetes, comme il l’a souligné lui-même, n’a pas de sœur), fournissent ici un point focal au film. Néanmoins, l’approche de Cassavetes est plus que jamais oblique et tortueuse. Pendant le premier tiers du film, il passe d’un personnage à l’autre sans établir le moindre rapport entre eux ou leurs situations respectives. […]

L’un des miracles de Love Streams est l’osmose qui s’établit entre deux univers à la fois fictionnels et autobiographiques, celui de Cassavetes et celui de Ted Allan, le coscénariste du film. À l’origine lointaine de Love Streams se trouve en effet My Sister’s Keeper (1970), pièce de Ted Allan à deux personnages qui décrivait ses rapports “amoureux mais non incestueux” avec sa sœur, dont le personnage présente des affinités frappantes avec celui joué par Gena Rowlands dans plusieurs films de Cassavetes. Celui-ci découvre la pièce en 1980 et demande à Ted Allan de l’élargir en introduisant tous les personnages qui n’y étaient pas mentionnés. Le résultat fut deux pièces, Love Streams et Third Day Comes, que Cassavetes monta en double programme à Los Angeles, avec Gena Rowlands et Jon Voight. Puis vinrent trois ans de travail sur un scénario d’adaptation, Love Streams, qui connut huit versions successives, et qui développe le personnage du frère.

Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier, 50 ans de cinéma américain

 

Ce film n'est pas à l'affiche
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