La Devinière s’ouvre sur les images d’un film tourné il y a longtemps, en Super-8, une sorte de home movie tourné sans le moindre souci du cadre : des enfants qui courent dans tous les sens, des visages grimaçants, à moitié flous, pris en gros plans qui disparaissent brutalement pour réapparaître en plans moyens, de travers, bousculés par d’autres plans, bref, une caméra en folie qui rappelle les essais du cinéma expérimental des années soixante. Sur ce pré-générique se greffe la voix off de Michel Hocq, animateur et directeur de La Devinière : “Jean-Claude et les autres, c’étaient dix-neuf enfants réputés incurables, refusés par tous. Certains à quinze ans avaient déjà l’expérience d’une vingtaine d’établissements. C’est pour ces gosses – en somme exilés – que nous avons ouvert le 18 février 1976, dans la région de Charleroi, un refuge, un lieu où l’on peut vivre sans grilles, sans chimie, un lieu où l’on peut vivre sa folie, un asile sûr en quelque sorte.
Nous l’avons appelé La Devinière. Ces gosses, nous avons fait le pari de ne les rejeter sous aucun prétexte. Plus de vingt ans après ils sont toujours là ensemble et solidaires alors que rien ne les reliaient.” Nous allons assister pendant 90 minutes aux gestes de la vie quotidienne, aux rituels complexes de ces adultes enfermés dans leur univers propre. Ils peignent, dessinent, bricolent, manifestent leur angoisse dans le mutisme ou par des cris. Pas d’interview bateau ni la moindre explication à ce qui peut paraître un non-sens au bon sens. Benoît Dervaux s’est immergé dans le groupe et filme l’intimité des êtres au plus près, leur vie dans ce qu’elle a de plus singulier, sans jamais interrompre le fil du vécu par un discours médical, psychiatrique voire antipsychiatrique. À l’instar de Michel Hocq, le réalisateur se garde bien d’expliquer ou de juger. À l’instar de San Clemente de Raymond Depardon, nulle trace de voyeurisme dans La Devinière. Le film allie le souci de la vérité à la démarche de captation. L’acte de filmer est fondé sur un respect mutuel entre le cinéaste et ses personnages. Jean-Michel Vlaeminckx,
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