StalkerAndrei Tarkovski >21/071979 . RFA/URSS . MET ALEXANDRE KAIDANOVSKY, ALISA FREJNDLIKH, ANATOLI SOLONITSINE - 2U43 - OV FR OND |
Lieu de tous les fantasmes et de toutes les légendes, tabou absolu dont les autorités interdisent l’accès et dans lequel ils n’osent pas même se risquer, la Zone fascine. Qui a créé cette Zone ? Pour quelle raison ? Inconnue effrayante, beaucoup n’en sont pas revenus. Aucune rationalité ne semble avoir de prise sur elle. Les règles de la physique la plus élémentaire ne s’appliquent pas là où la ligne droite n’est pas le plus court chemin et où l’on ne peut revenir sur ses pas. Mais que viennent y chercher ceux qui bravent le danger ? “Le bonheur”, suppose le Stalker. Car elle laisse passer “ceux qui n’ont plus aucun espoir ; ni les bons ni les mauvais, mais les malheureux”. Lui-même est de ceux-là, laissé pour compte de la société ne vivant que pour la Zone. “Je me sens partout en prison”, et la Zone est son refuge, son Éden, le seul endroit où il se sente vivre, ce que les hommes n’ont pas souillé, l’endroit le plus calme du monde, l’espace du dernier espoir. […]
Tarkovski oppose formellement la vision d’un monde en déliquescence, pollué et stérile, filmé dans un sépia maladif, à une Zone verdoyante et sauvage – où la nature a eu raison des entreprises humaines, où les voitures, les édifices ne sont plus que des ruines envahies par l’herbe virginale –, magnifiée par l’usage d’une couleur pure et apaisante.[…] Apprentissage de la foi, plaidoyer pour la renaissance de l’espoir, métaphore de la création artistique, éloge de la nature et de ceux qui souffrent, Stalker est tout cela et bien plus encore. Sa charge humaniste et métaphysique en font une réflexion intemporelle et inépuisable, sa puissance esthétique et sa densité poétique une œuvre rare et déroutante, qui nous fait perdre pied de la réalité pour lui substituer une vérité sublime, fragile et rédemptrice.
Sergius Karamzin, dvdclassik.com