Violent Days

Lucile Chaufour >21/07

2004 . FRANCE . AVEC LUCILE CHAUFOUR, FREDERIC BELTRAN, FRANCOIS MAYET, FRANCK MUSARD - 1H44 VO FR

Violent Days est un film qui joue à contretemps. Ses héros, des garçons et des filles désœuvrés appartenant à différentes tribus de la sphère rockabilly, vivent en circuit fermé dans une époque et un pays quasi imaginaire (l’Amérique fantasmée des fifties : bubblegum et creepers), qui n’est pas le leur. Violent Days pourtant se sert d’eux pour ausculter une France qui n’a plus droit à l’image depuis longtemps : le prolétariat, le monde ouvrier, les mecs qui sont caristes en usine ou qui bossent au garage ou à la boulange. Si leur imaginaire est le décalque de celui de leurs aînés, c’est aussi parce que rien, de leur situation sociale, n’a évolué depuis les années 1950.

Il n’y a pas d’horizon. Seule échappatoire : la musique, le rock. Sa douceur (la jolie bonde aux allures de pin-up : “Je rêvais d’un homme comme Gene Vincent, d’un homme doux”). Sa violence. [...] La cinéaste filme un rêve de fille dans un monde de mecs, un rêve en noir et blanc qui trouve son rythme dans des entre-chocs au montage qui la rapprochent du premier Cassavetes. Celui de Shadows, qui brouillait les pistes fiction, documentaire, noir, blanc, jazz, blues en prenant comme modèle formel la puissance de la musique. Lucile Chaufour aime passionnément le rock’n’roll. Ça s’entend et surtout ça se voit : avec un budget certainement riquiqui, elle a refusé l’option naturaliste pour inventer un entre-deux, faisant venir des sons de partout. En somme, elle a monté Violent Days comme Phil Spector produisait des disques : partir d’une base simple, comme nue, et lui offrir une ampleur de chapelle Sixtine. Violent Days, une fois vu, ne s’efface pas. Un peu comme ces tatouages indélébiles sur des avant-bras qui redoutent en silence le jour fatal où il va falloir baisser la garde.

Philippe Azoury, Libération

 

Ce film n'est pas à l'affiche
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