Un spectacle musical intitulé Titicut Follies est donné par des détenus et une partie du personnel hospitalier, dans la prison de Bridgewater (Massachusetts) réservée aux criminels malades mentaux. La séquence d’ouverture se termine en gros plan sur le visage de l’animateur du spectacle qui se révèle être... le gardien chef. Les images de ce spectacle auquel l’éclairage donne une touche expressionniste vont ponctuer la progression du film qui nous fait découvrir la vie quotidienne de la prison : dans des bâtiments vétustes, la routine de l’inspection des cellules et des fouilles, des visites “médicales”, des “entretiens” avec le psychiatre de service. Misère physique et mentale, désespoir morne, solitude absolue. Quelques détenus noirs. On ne saura rien des délits ou crimes reprochés aux pensionnaires.
En choisissant d’être un témoin vigilant mais toujours en retrait, en refusant les interviews, le commentaire en voix off et la musique additionnelle, puis en travaillant des mois au montage “pour comprendre ce qui a été filmé”, Wiseman a mis au point, dès son premier film documentaire, les bases de la méthode qui restera la sienne au fil des ans. Titicut Follies dérange, au point que les autorités du Massachusetts qui avaient donné leur feu vert et reconnu la pertinence du film après un premier visionnement, vont se retourner contre le cinéaste.
“Le film a suscité la colère dans le Massachusetts, non pas contre la prison de Bridgewater, mais contre Wiseman ! En ce moment, Titicut Follies est interdit à Boston et dans le reste de l’État.” De procès en procès, le film restera interdit au grand public pendant plus de vingt ans. Aujourd’hui, Titicut Follies est un classique qui n’a pas pris une ride.
Philippe Pilard, cinematheque.fr