QuerelleRainer Werner Fassbinder >21/071982 . RFA/FRANCE . AVEC BRAD DAVIS, FRANCO NERO, JEANNE MOREAU - 1H48 - VO ST FR |
Querelle de Rainer Werner Fassbinder est une œuvre qui ne ressemble qu’à elle-même avec derrière la caméra un cinéaste majeur allant au bout de ses obsessions en achevant chaque plan comme s’il s’agissait du dernier et, devant, un acteur (Brad Davis). Le cinéaste allemand s’inspire d’un roman de Jean Genet et plaque ses fantasmes sur celui de l’écrivain pour créer une fusion maladive. Fassbinder se met à nu et utilise à son tour l’art du “chant d’amour” pour exorciser ses derniers démons. Mais, attention aux contresens : s’il voue la même fascination pour le héros Querelle en le dépeignant comme une bête cruelle au beau cul mais au regard destructeur, il se moque aussi de la légèreté romantique – parce qu’il ne peut pas s’empêcher d’être méchant – et de la prose pompeuse de l’écrivain poète français.
Ici, pas de sentimentalisme gnangnan, juste la crudité des mots et des postures. Une manière d’être lucide avec l’“amour”, un mot qu’il faut bannir du vocabulaire maison. C’est son dernier film, entre pastiche et ironie, cérébralité et instinct. Il est aussi important que Salo ou les 120 journées de Sodome dans la filmographie de Pier Paolo Pasolini. Comme toutes les pièces uniques, il ne s’oublie pas. […]
Querelle doit avant tout être vu comme une parabole sur les apparences au sens premier. Apparence physique bien sûr, entre beauté extérieure et mal intérieur, mais aussi apparence du décor totalement factice, entièrement reconstitué en studio. Apparence du leurre et donc du songe. Car Querelle n’est qu’un lent et somptueux songe. […] Il est de ces voyages dont on ne revient pas. Et l’on ne revient pas de Querelle, empire des sens qui suinte le désir et la frustration de partout. Ce grand film fantasque, où chacun se donne corps et âme, a quelque chose de bouleversant.
Romain Le Vern, excessif.com