Cargo 200

Alexeï Balabanov

2007 . RUSSIE . AVEC AGNIYA KOUZNETSOVA, LEONID BICHEVIN, ALEXEI POLUYAN, LEONID GROMOV - 1H29 - VO ST BIL

Avec Cargo 200, Alexeï Balabanov revient sur la période qui sépare la fin de l’ère communiste proprement dite (mort de Tchernenko) de l’avènement de la Russie capitaliste d’aujourd’hui. En 1984, juste avant l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev, le cinéaste dépeint la fin d’un régime. C’est tout le ciment social qui part en morceaux avec ses valeurs, et ses repères. Plus de morale, plus d’autorité, plus de contraintes sociales, les instincts les plus primaires refont surface.

Sans prendre position dans le débat sur l’éventuelle complaisance du réalisateur envers la violence et la dégénérescence morale, il nous faut bien constater que Balabanov ne détourne en rien son regard et, à l’instar d’un Gaspar Noé dans Seul contre tous, contraint son spectateur horrifié à l’accompagner jusqu’au fond de sa vision d’apocalypse baignée de quelques touches d’ironie funèbre et d’humour noircissime et glacé.

Avec la différence que le réalisateur français brossait le portrait d’un individu qui atteignait peu à peu le fond de la misère morale. Chez Balabanov, le naufrage est collectif. Tous les participants, sans exception, sont confrontés à ce néant. À la limite du regardable, le film fascine cependant par son absence totale de concession. Une volonté de ne rien épargner dans l’horreur, une rage destructrice qui balaye sur son passage tout habillage social, laissant à nu une nature humaine qui, chez Balabanov, est tout sauf rousseauiste. Pour qu’au final, il ne reste rien, et que sur ce rien, quelque chose de totalement nouveau puisse renaître. Voyage collectif au bout de la nuit qui n’épargne rien à son spectateur, Cargo 200 est un film coup de poing.

d’après Marceau Verhaeghe, Cinergie

 

Ce film n'est pas à l'affiche
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