L'ÉclipseMichelangelo Antonioni >04/081962 . ITALIE/FRANCE . AVEC MONICA VITTI, ALAIN DELON, FRANCISCO RABAL - 2H05 - VO ST FR |
Troisième volet de la trilogie de Michelangelo Antonioni sur la vie moderne au milieu de siècle (après L’Avventura et La Nuit), L’Éclipse est probablement son plus grand film mais aussi, ce qui n’est peut-être pas innocent, celui dont la trame est la plus ténue : à Rome, une traductrice, se remettant d’une liaison malheureuse, se lie brièvement à un courtier en Bourse. Toutefois, ils n’apparaissent à aucun moment de l’éblouissante scène finale, peut-être ce qu’Antonioni a réalisé de plus puissant. L’absence des deux acteurs principaux, qui donnent sans doute ici la performance la plus nuancée et charismatique de leur carrière, joue un rôle clef dans l’effet dévastateur de cette fin.
Jonathan Rosenbaum, 1001 Films
À deux ans d’intervalle, L’Éclipse prend le relais de La Nuit, à la fin duquel un couple se défaisait. La séparation sert ici de prologue où l’écriture d’Antonioni, plus visuelle que narrative, n’a jamais aussi bien traduit l’indicible d’une vie émotionnelle. Le “flottement” de Vittoria, ses moments solitaires et fortuits de fruste hédonisme, son amitié avec les choses : dirigée par un véritable artiste figuratif, la caméra nous rend tout cela sensible. Tout comme cette même camera prend des airs de documentaire pour filmer l’agitation de la Bourse – “Un bureau, un marché ou un ring de boxe ?”, s’interroge le metteur en scène par la voix de son héroïne. De l’idylle avec Piero, l’agent de change, nous ne verrons pas trop le prévisible épilogue. Tout laconisme consommé, le dernier mot revient à des images comme vidées de commentaire : aux volumes, aux angles, aux contrastes d’une ville inquiétante et déserte. Ainsi se clôt un film construit comme un long poème, où les séquences procèdent l’une de l’autre non par continuité dramatique, mais par correspondance.
Thierry Trani, Guide Télérama du cinéma