Faces

John Cassavetes >04/08

1968 . USA . AVEC GENA ROWLANDS, JOHN MARLEY, LYNN CARLIN - 2H10 - VO ST BIL

Quel était le secret de John Cassavetes ? Son rapport aux comédiens était si total, son travail avec eux si intense et si précis qu’il était capable de capturer la réalité vécue mieux que n’importe quel cinéaste américain. Après la tentative Shadows (1959) et les expériences déplaisantes de Cassavetes avec le système hollywoodien, Faces marqua avec beaucoup de confiance en soi la vraie naissance de sa signature. Dans ce film qu’il a tourné chez lui, il restitue des scènes pleines de vie de l’existence de gens qui sont à la fois désespérément pleins de désir et de tendresse, et furieusement aliénés. Des personnages échoués, comme toujours chez Cassavetes, entre les difficiles responsabilités de la routine quotidienne et les griseries insouciantes de la vie nocturne.

Cassavetes filme toujours ses comédiens sensationnels (John Marley et Lynn Carlin sont particulièrement mémorables) au milieu d’une séquence, le corps décentré dans le cadre, les mots et les gestes tronqués par le montage. Chaque scène repose sur un “tour” imprévisible et souvent effrayant, un changement soudain dans l’humeur ou l’attitude d’un personnage à l’égard d’un autre. Faces invente une autre manière de faire ressentir le temps au cinéma, où des pauses soudaines font penser (c’est Cassavetes qui parle) “que l’on saute d’un train en marche”.

Parfois considéré comme la condamnation d’une classe moyenne, matérialiste et sans âme, Faces est plutôt le récit douloureusement intime et compatissant de la souffrance quotidienne. Cassavetes délimite le terrain qu’il revisitera souvent – crise conjugale, sexe occasionnel, désinvolture hédoniste, liens familiaux…

Adrian Martin, 1001 Films

 

Ce film n'est pas à l'affiche
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