La Solitude du coureur de fond

Tony Richardson >04/08

1962 . GB . AVEC MICHAEL REDGRAVE, TOM COURTENAY, AVIS BUNNAGE - 1H44 - VO ST BIL

La Solitude du coureur de fond illustre à merveille les qualités particulières à Richardson, chaleur humaine, discrétion, sens cutané de la drôlerie la plus insaisissable, mais surtout la spontanéité totale dans le registre du lyrisme.

Colin Smith, pour le cambriolage d’une boulangerie, est envoyé menottes aux mains dans un Borstal, sorte de maison de correction dont les brutalités anachroniques sont acceptées en Angleterre comme une part saine de l’administration pénitentiaire. Or Colin a de la chance : le directeur de la prison, un pompeux m’as-tu-vu, a la manie des sports. Il médite d’arracher, à une école publique de l’aristocratie, la coupe de la course sur longue distance. Et Colin, semble-t-il, a si souvent couru, devant la police surtout, qu’il est infatigable. […]

La Solitude du coureur de fond accomplit cette gageure de décrire l’un des portraits les plus achevés de cette personnalité psychopathique propre à l’adolescent, tout en incarnant en lui, par une sorte de paraphe, les forces les plus libres d’une société écrasée par le banal. Colin est à l’âge du refus, à l’âge suicidiel où l’on préfère se blesser, s’anéantir plutôt que de céder un pouce de terrain à l’injustice. C’est un héros libertaire, dans son irréalisme : il détruirait le monde, il le détruit dans sa pensée pour pouvoir l’arpenter seul dans sa course. Cette force de refus, cette graine de subversion est plus exemplaire que les tourments passagers d’Arthur Seaton dans Samedi soir, ou ceux de Jimmy Porter dans Les Corps sauvages. Colin Smith est le jeune homme en colère dans son acceptation la plus pure, la plus intransigeante.

Le mérite de Richardson est d’avoir conservé à ce film profondément moral une forme capricieuse, enjouée. Rien ici ne semble convenu, ou accompli, aucun morceau de bravoure. Même les scènes du Borstal, qui ont été tournées avec de vrais détenus, n’ont rien d’apparemment contrôlé.

Robert Benayoun, Positif

 

Ce film n'est pas à l'affiche
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