Le FanfaronDino Risi >04/081962 . ITALIE . AVEC VITTORIO GASSMAN, JEAN-LOUIS TRINTIGNANT, CATHERINE SPAAK - 1H45 - VO ST FR |
Le premier grand chef-d’œuvre de la “comédie italienne” des années 1960. C’est une satire de mœurs autant qu’une étude de caractères. Au cinéma, les caractères, quand ils sont dessinés avec cette acuité, ce relief, cette profondeur, deviennent immanquablement des destins. C’est donc la rencontre de deux destins que présente ce film brillant et acide, parfaitement classique, où l’ironie dissimule bien l’ambition et le sérieux, où l’improvisation et la rigueur font bon ménage. Les deux personnages, l’outrecuidant et le timoré, l’extraverti et l’introverti, celui qui est à l’aise partout et celui qui ne l’est nulle part, sont si opposés qu’ils deviennent complémentaires et bientôt inséparables. Mais Roberto commet la faute suprême en se laissant influencer. Toute influence étant maléfique, en pénétrant dans l’univers de Bruno, Roberto perd son identité et – dans un dénouement choquant mais logique – la vie.
Les deux personnages sont caractéristiques de leur environnement: une société amorale, superficielle, qui en est au début de sa surconsommation, qui ne tardera pas à être déçue et qui est déjà déséquilibrée.
“Dans le film, dit Risi, Gassman est quelqu’un qui détruit parce qu’il n’a pas su construire, c’est un Italien typique, superficiel, fasciste. C’est un impuissant, un velléitaire, son pouvoir tient tout entier dans sa présence physique, une force de choc mais sans qualité profonde ni morale. Il Sorpasso est né d’une histoire vraie; dans le personnage de Gassman j’ai cousu ensemble deux ou trois personnes que j’ai connues, avec lesquelles j’ai vécu ce genre d’aventures, dans le rôle, pour moi, de Trintignant. Le personnage de Gassman est celui de quelqu’un qui remplit toujours le vide, mais on sent qu’il a peur de vivre; son allure, toujours vivace, cache la peur de se connaître.”
Jacques Lourcelles, Dictionnaire du cinéma