À l'origineXavier Giannoli >25/082008 . FRANCE . AVEC FRANCOIS CLUZET, EMMANUELLE DEVOS, GERARD DEPARDIEU, STEPHANIE SOKOLINSKI - 2H11 - VO FR |
Un escroc de petite envergure, Philippe Miller (François Cluzet), bourlingue dans le Nord de la France en se faisant passer pour le représentant de sociétés connues. Le hasard le fait tomber sur un chantier d’autoroute abandonné deux ans auparavant, l’arrêt soudain du projet ayant planté là nombre de petites entreprises locales. En se faisant passer pour un cadre de la CGI (filiale de la Société générale), l’impassible Philippe Miller fait reprendre espoir à toute une communauté qui, de l’ouvrier de base aux secrétaires et aux ingénieurs, bénéficie de plus du soutien d’une municipalité prompte à mettre en scène sa contribution, au demeurant réelle, à la création d’emplois.
Point très fort du film. Alors qu’eût été assurée la réussite de scènes comiques autour du ridicule des emberlificotés face à l’arnaqueur, c’est tout un peuple incarné qui s’anime sur l’écran cinémascope de Xavier Giannoli : les acteurs sont dirigés dans la vérité de leurs personnages, jamais dans le clin d’œil amusé.
À l’origine fonctionne alors sur deux plans. Premier étage, la valeur d’échange, l’économie, le financement, la finance. La mécanique mise en marche par l’escroc va réellement enclencher une mobilisation de tous et la réouverture du chantier. Deuxième étage, la valeur d’usage. L’élan créé crée de l’élan et de la vie, pas nécessairement de la richesse, ou alors “seulement” de la richesse humaine. Achevée, la passerelle d’autoroute ne mène à aucun tronçon, se termine dans le vide. Mais qu’est-ce qui compte vraiment ? Pas l’échange – le plus souvent inégal, il dérive vers un modèle de prédation –, ni même l’usage – héritage utilitariste dont les contenus sont largement à revoir. Héros inexorablement collectif d’un travail qui gagne à se voir déconnecté du capital, il n’y aurait donc plus que l’homme ? Généreux, inutile, grandiose, pathétique.
Éric Derobert, Positif