Zion et son frèreEran Merav2008 . FRANCE/ISRAEL . AVEC RONIT ELKABETZ, REUVEN BADALOV, OFER HAYOUN - 1H24 - VO ST BIL |
L’une des tendances les plus identifiables du cinéma israélien contemporain est la “chronique sociale de gauche”, et le premier long métrage d’Eran Merav, 34 ans, frais émoulu de l’école de cinéma de Jérusalem, y souscrit à son tour : une veine plutôt minimaliste, un héritage discrètement revendiqué du néoréalisme italien, une manière directe, sans fioritures, d’aller au cœur des choses forcent ici le respect. L’histoire est celle d’une famille modeste de Haïfa, luttant pour survivre en ordre dispersé. La mère, coiffeuse fantasque séparée d’un mari qu’on suppose sous les verrous, tente de reconstruire quelque chose avec un homme plus âgé, qui a du mal à se faire accepter des enfants. Ce sont deux frères, qui occupent le centre du récit. L’aîné, Meir, 17 ans, est une forte tête qui semble prêt à suivre le chemin du père. Le cadet, Zion, 14 ans, plus malléable, plus délicat, et sans soute plus intelligent, subit la loi de son frère en même temps qu’il voue à sa mère l’amour de l’enfant qu’il est encore. Un drame va brutalement nouer le destin des deux frères. Zion se fait voler sur la plage son unique paire de chaussures et croit la reconnaître aux pieds d’un jeune immigré éthiopien qui fréquente le même collège que lui. Rossé par ce dernier alors qu’il tente de les récupérer, il revient avec son frère, qui se déchaîne sur l’enfant, jusqu’à la survenue du drame. La connivence qui va désormais les unir alors même que leur relation se défait et qu’ils conjuguent leurs efforts pour ruiner les espoirs de leur mère, donne au film sa tonalité. Eran Merav y travaille, dans une palette sombre et désaturée, à une métaphore collective : celle d’une société rongée par une faute originelle, exaltée par une fraternité empoisonnée, souffrant d’une affliction d’autant plus amère qu’elle la sait vouée à ne pas connaître d’échappatoire.
d’après Jacques Mandelbaum, Le Monde