Cannes, 2007. Les lumières de la salle où vient d’être projeté le premier film de Sandrine Bonnaire se rallument, dans un tonnerre d’applaudissements. Beaucoup d’yeux sont rouges. Le documentaire que vient de découvrir le public de la Quinzaine n’est pas commun : un portrait par l’actrice de sa sœur autiste, Sabine. À travers un montage de scènes quotidiennes dans un centre et d’images d’archives accumulées depuis plus de vingt ans, Elle s’appelle Sabine évoque le destin tragique d’une personnalité aux dons multiples broyée par un système de prise en charge défaillant. Tragique ? L’actrice pose la question : “Les conséquence de son internement sont-elles réparables ? La dégradation de ses capacités est-elle inhérente à sa maladie ?” Avec une économie de moyens, Sandrine Bonnaire campe un portrait auquel on ne peut que faire face.
Question de distance. Celle qu’elle adopte est parfaite : entre insistance et détachement. Ne rien dissimuler, même le plus dérangeant. Ne rien trop souligner non plus, au risque d’imposer sa propre vision des choses. Pour autant, cette justesse, si louable soit-elle, n’est pas ce qui fait du film une œuvre complexe, inassimilable à un reportage d’Envoyé spécial sur l’autisme en France. Ce que l’équilibre subtil du choix des plans et de leur durée révèle, c’est une présence décisionnelle hors champ : un corps qu’on a vu se mouvoir chez Pialat, l’une des actrices les plus incarnées (fossettes et poitrine) du cinéma français, et dans le spectre de laquelle chaque image puise sa charge émotionnelle. À chaque plan de Sabine, il y a à la fois Sabine et Sandrine, deux forces contraires, mais inextricablement liées : sensualité et maladie, vie et mort. Bien qu’invisible, Sandrine Bonnaire est au centre du dispositif filmique, formant avec Sabine un couple de sœurs siamoises fascinant.
Émily Barnett, Les Inrockuptibles
La séance du jeudi 02.09 à 18h50 sera suivie d'un débat autour de :
La prise en charge hospitalière, ses possibles dérives et ses alternatives.
Intervenants:
Yves-Luc Conreur - association recherche-action sur la psychiatrie et les alternatives / L'autre "lieu"
Marie-Françoise Meurisse - Médecin, philosophe et médiatrice à la plate-forme de Concertation en Santé mentale de Bruxelles-Capitale. Pierre Smet - Psychanalyste et membre de l'équipe thérapeuthique au Service de Santé mentale Le Sas Frédérique Van Leuven - Psychiatre, Centre psychiatrique St Bernard à Manage et Parcours d'accueil à ixelles. Modérateur des rencontres : Olivier Sebasoni- Coordinateur de la Commission psychiatrie de La Ligue des Droits de l’Homme.