Gens de DublinJohn Huston1987 . GB/EIRE/USA . AVEC ANJELICA HUSTON, DONAL MCCANN, DAN O’HERLIHY - 1H23 - VO ST FR |
Bien sûr, il est toujours un peu facile de considérer l’opus ultime d’un cinéaste comme son “film-testament”. Mais il faut reconnaître qu’en portant à l’écran The Dead, John Huston ne nous écarte pas vraiment de l’hypothèse mortuaire. The Dead, donc, et non pas Dubliners comme pourrait l’indiquer le titre français, le film s’attachant uniquement à la dernière des nouvelles composant le célèbre recueil signé James Joyce. Adapter Joyce: Huston, ce vieux pirate, était bien l’un des rares à pouvoir tenter le coup, lui qui s’était mesuré à Moby Dick, cassé les dents sur La Bible et sorti victorieux du maelström Au-dessous du volcan – l’exploit étant d’avoir tiré du chef-d’œuvre ébouriffé de Lowry un film rectiligne et limpide, presque une épure.
C’est le même Huston tardif, inspiré et resserré qui se penche sur la nouvelle irlandaise. Son intrigue, ténue, permet au cinéaste de creuser une atmosphère avec une infinie minutie – économie des décors et précision d’une mise en scène à la fois revenue de tout et cependant jamais lasse. Creuser une atmosphère : comme on creuse une tombe. Sans jamais se placer au-dessus de personnages dont on devine qu’il partage en partie une forme de nostalgie, Huston se montre pourtant implacable. Le contexte a beau être supposément festif, les attitudes sont aussi amidonnées que les costumes, et les regards hospitaliers en surface se font promptement inquisiteurs. Les “bonnes valeurs” de la vieille Irlande louées autour de l’oie qu’on découpe semblent aussi vivantes que l’infortuné animal. C’est presque une inquiétante – et lugubre – étrangeté qui s’installe au sein d’une soirée des plus convenues, à laquelle nous avons la sensation de participer, bien plutôt que d’être invités à suivre une quelconque intrigue.
Rémi Boiteux, culturopoing.com