Lola

Jacques Demy

1961 . FRANCE, ITALIE . 1H32 - AVEC ANOUK AIMEE, MARC MICHEL, JACQUES HARDEN...

Ce premier long métrage enchanteur de Jacques Demy annonce Les Parapluies de Cherbourg et Les Demoiselles de Rochefort, non seulement parce qu’il pare de féerie une histoire d’amour située dans un port de l’Atlantique, mais aussi par son recours à la musique et à la danse. Sans être encore à l’avant-plan, ces dernières contribuent à la trame et à l’atmosphère, et ce dès la séquence d’ouverture où une mystérieuse Cadillac blanche glisse dans les rues au rythme de Beethoven et du jazz de Michel Legrand. Le film dessine un rondeau sentimental autour de l’énigmatique et séduisante Lola, danseuse de cabaret et mère célibataire qui hésite entre plusieurs prétendants tout en attendant l’homme de sa vie parti au loin. Par-delà l’élégante caméra tourbillonnante de Raoul Coutard (délicieux hommage à Max Ophuls), les mélodies enjouées et les coïncidences improbables, Lola est habité par la conscience du caractère éphémère du bonheur, et de l’improbabilité de l’amour. Sur le plan formel aussi, le film est plus complexe qu’il y paraît, les personnages secondaires pouvant être perçus comme des variations sur le couple central. Et Anouk Aimée est inoubliable.

d’après Geoff Andrew, 1001 films

Je suis parti de souvenirs personnels de ma vie d’adolescent à Nantes. Je me souviens que Lola était une petite fille de dix ans qui habitait le même immeuble que moi, prenait de l’argent dans le sac de sa mère pour m’emmener à la foire, après la classe. Et ça me plaisait beaucoup de faire quelque chose sur la fidélité à un souvenir, de l’époque où j’étais au collège et où je séchais les cours pour aller au cinéma. Peut-être ce conte appartient-il à la même famille que les oeuvres de Prévert ou de Queneau. Non que j’aie voulu les plagier ou adopter leur style, mais je suis sensible à ce recul devant l’existence qu’ils expriment avec gentillesse, une drôlerie où se mêle toujours un peu d’amertume. Je voudrais, enfin, qu’un spectateur qui entre déprimé, maussade, dans le cinéma où l’on projette Lola en ressorte souriant.

Jacques Demy (propos recueillis par Jean-Pierre Berthomé)