DRAGALINA

You still have to learn

Le film s'ouvre sur un plan large et serein: la plaine du Baragan dans le vent. Trois vieilles dames colorées papotent sur un banc et se souviennent du passé, quand Ecaterina et Sherban Vidick, les deux réalisateurs du documentaire, venaient en vacances pour l'été à Dragalina, la ville de leur mère. La lumière est forte, l'atmosphère non-chalante, deux trois coucous se partagent la bande son. Ça rappelle ces journées d'été, interminables, où les corps fonctionnent au ralenti et s'accordent quelques minutes hors du temps avant de retourner à leurs activités.

Dragalina est une petite ville du Sud-Est de la Roumanie, à mi-chemin entre Bucarest et la côte. Dans une région encore marquée par l'ancien régime, où une majorité de la population reste sans emploi, les heures paraissent suspendues dans les nuages de poussières qui s'échappent des routes. C'est là que Radu, 18 ans, vit avec sa mère, auprès de ses amis, de son ordinateur et de son chien. Cette mère, alitée le plus souvent, partage sans ménagement son désespoir et son amour de vivre, et toutes les difficultés du monde réel auquel elle semble devoir faire face. Une relation mère-fils qui apparaît d'emblée très forte, trop peut-être, et suffisamment complexe pour laisser Radu dans un état d'inactivité et de dépendance affective évidente.

Il s'agit là du premier documentaire d'un frère et d'une soeur vraiment talentueux et touchants par leurs choix, dont le choix premier et non des moindres a été celui de s'attaquer à un sujet familial, intime et donc forcément risqué. On imagine la difficulté au tournage, et encore plus au montage, face à des images qui retracent la vie d'un village connu, de ses habitants, mais surtout l'histoire d'une famille partagée entre Belgique et Roumanie. Les silences de Radu, point d'ancrage du film, sont interpellants. L'errance mentale de sa maman, parfois lucide, parfois moins fait sourire et laisse un goût de joyeuse perte.

Enfin, les séquences où Radu est avec son père, soit pour discuter, soit pour attendre un train, soit pour se raser, sont simples et terriblement belles. L'extrait présenté ci-dessus permet de se faire une idée, mais je ne saurais que trop vous conseiller d'aller voir DRAGALINA et, éventuellement, de rencontrer le réalisateur, Sherban, également projectionniste au cinéma Arenberg. Attention, il ne reste que quatre séances alors...grouillez-vous!