BAM! Des nouvelles de la police

Deux cinéastes, iranien et congolais, privés de visa pour Berlin

Lu dans le journal (Thomas Sotinel, Le Monde daté du 19/2) l'article qui suit.

Où l'on constate une fois plus que les bureaucrates paranoïaques de l'Europe réunie et les psychopathes théocrates au pouvoir à Téhéran gouvernent peu ou prou selon le même principe: laisser la police décider de la suite des événements. (On invite au passage l'ami Sotinel à faire attention: il confond allègrement Jafar Panahi, dont il nous narre la mésaventure, et son confrère Bahman Ghobadi, le réalisateur des Chats persans, qui, pour ce que nous savons, vit maintenant en Amérique.) (Photo: Jafar Panahi) [Ch.T.]

Deux réalisateurs manquent à l'appel de la 60e Berlinale. L'Iranien Jafar Panahi s'est vu refuser un visa de sortie par les autorités de Téhéran et le Congolais Kiripi Katembo Siku n'a pas obtenu son visa d'entrée dans l'Union européenne auprès de l'ambassade d'Allemagne à Kinshasa.

Jafar Panahi devait participer à un débat sur le cinéma iranien. Lauréat de l'Ours d'or en 2000 pour Le Cercle, Panahi s'est heurté à plusieurs reprises au régime iranien, entre autres en présentant sans autorisation son film Les Chats persans lors du Festival de Cannes 2009. Dieter Kosslick, le directeur de la Berlinale, a "profondément regretté" la décision de Téhéran.

Kiripi Katembo Siku ne jouit pas de la notoriété de son collègue iranien. Ce plasticien et cinéaste kinois est l'un des réalisateurs du film collectif Congo en quatre actes. Ces quatre documentaires tournés avec de petites caméras font un portrait lucide et désespérant de la République démocratique du Congo, un demi-siècle après l'indépendance.

Kiripi Katembo Siku est le premier cinéaste congolais invité à Berlin. Christoph Terhechte, qui dirige la section Forum de la Berlinale, a programmé son film: "Nous avons envoyé une lettre d'invitation à Kiripi Katembo Siku, que nous avons transmise à notre ambassade au Congo. La fondation Heinrich Böll avait pris en charge son voyage. L'ambassade a refusé le visa parce que M. Kiripi n'a pas de famille au Congo et qu'il présentait un risque de leur point de vue. C'est une décision insensée."

Malgré les interventions du festival auprès du ministère fédéral des affaires étrangères, l'ambassade n'a pas cédé. Le producteur, Djo Tunda Wa Munga, a dû présenter le film seul face à la presse. Congo en quatre actes est le résultat d'un programme de formation mis en place grâce à des aides européennes, surtout belges, mais le film est coproduit par un Sud-Africain. Le jeune producteur regrette que Kiripi n'ait pu rencontrer d'autres cinéastes : "Ils ont volé un jour de fête au cinéma congolais."

Thomas Sotinel