Self-portrait after being battered, 1984
"J'ai commencé à prendre des photos à cause du suicide de ma soeur. Je l'ai perdue et je suis devenue obsédée par l'idée de ne plus jamais perdre le souvenir de personne."
Nan Goldin
L'oeuvre crue et forte de Nan Goldin est sous-tendue par une profession de foi: "Pour moi, la photographie est le contraire du détachement. C'est une façon de toucher l'autre: c'est une caresse." Cette règle, l'adolescente fugueuse commence à la mettre en pratique à Boston entre 1969 et 1974, en photographiant ses amis sur les pelouses de l'école autogérée de Satya, puis les jeunes drag queens avec qui elle se lie. La photographie est pour elle ce que le sens de l'humour est à d'autres, une fonction naturelle, une façon de séduire, de montrer son affection en présentant le fruit de son travail. Sa conception du portrait repose sur deux principes qui la distinguent moralement et visuellement de la tradition du genre : le portrait exige une complicité avec le sujet; il relève du partage : prises de vues, consentements, tirages et parcours ultérieur de l'objet artistique.
C'est à ces modestes préceptes que l'artiste doit aujourd'hui de faire partie des grands de la photographie. A ses débuts, Nan Goldin se situe aux antipodes du reportage sur le vif, même si l'instantanéité et sa technique de tirage font penser aux clichés d'amateurs. Ses sujets sont maintenus dans une proximité affective et physique avec l'artiste, emplis, à l'instant du déclenchement, d'une grâce et d'un éclat qui les transfigurent. L'instinct d'empathie de Nan Goldin lui ouvre le coeur de ses modèles; elle sait les mettre en confiance par sa bienveillance et magnifier leur beauté. [...]
Catherine Lampert
Extrait de Une famille à part, in Le Terrain de jeu du diable, Nan Goldin, éd. Phaidon 2003
Voir aussi Nan Goldin, une courte interview illustrée (12') de la série Contacts Photography coproduite par Arte et La Sept