La Ruée vers l’or

Charles Chaplin

1926 . ETATS-UNIS . 1H12

La Ruée vers l’or illustre au mieux l’idée de Chaplin selon laquelle tragédie et comédie vont de pair. À tous points de vue il s’agit de la production la plus complexe de sa carrière. Pendant deux semaines, l’équipe tourna en extérieurs dans les paysages enneigés de Truckee, dans la Sierra Nevada. Chaplin y avait minutieusement reconstitué le décor où les prospecteurs luttaient farouchement pour franchir la Chilikoot Pass. Six cents figurants, souvent recrutés parmi les vagabonds et les marginaux de Sacramento, y furent acheminés en train et grimpèrent 800 m jusqu’à un col creusé dans la neige de la montagne. Puis l’équipe redescendit à Hollywood pour le tournage principal en studio. Avec du bois, du grillage, de la toile, du sel, de la farine et du plâtre, on fabriqua des montagnes miniatures très convaincantes, ainsi que des maquettes magnifiques pour les effets spéciaux, comme la cabane de mineur que la tempête fait glisser au bord du précipice. À l’écran, il est pratiquement impossible de déceler le passage de la maquette au décor en taille réelle.

La Ruée vers l’or abonde en scènes devenues classiques. Les horreurs et les privations endurées par les pionniers du XIXe siècle ont inspiré la séquence où Charlot et Big Jim meurent de faim, bloqués par la neige. Charlot fait cuire son godillot avec des mimiques de gourmet. Aux yeux de son compagnon en proie à des hallucinations, il se transforme en un poulet bon pour le four : triomphe à la fois pour les opérateurs responsables des truquages exclusivement optiques, et pour Chaplin qui assume la morphologie du volatile. Le chercheur d’or solitaire rêvant qu’il invite à dîner à New York la belle entraîneuse donne lieu au un autre sommet chaplinesque : la danse des petits pains. Le gag avait déjà été exploité dans d’autres films, mais Chaplin donne une personnalité inimitable à ces jambes constituées d’une fourchette et d’un pain.

David Robinson, 1001 films

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