Le Syndrome AsthéniqueKira Mouratova >11/081989 . URSS . AVEC OLGA ANTONOVA, NATALIA BOUZKO, SERGUEI POPOV - 2H33 - VO ST FR |
D’abord un film dans le film: on y voit une femme d’âge mûr, Natacha, osciller entre la dépression et l’agressivité à la suite de la mort de son mari. La deuxième partie se recentre sur un des spectateurs de la première partie, qui s’est endormi durant la projection. Professeur d’anglais, Nikolaï est en effet atteint d’un “syndrome asthénique”, qui pourrait bien être la conséquence de la grisaille engendrée par une vie passive et dénuée de sens. Suivent une multitude de scènes dont le seul lien semble être précisément la difficulté de vivre. Le film de Kira Mouratova fut bloqué pendant quelques semaines pour obscénité au moment de sa sortie projetée. On lui reprochait d’une part le langage grossier utilisé par certains personnages et d’autre part d’avoir montré des hommes nus.
d’après kinoglaz.fr
Comme beaucoup de cinéastes russes (soviétiques) de son époque, Kira Mouratova a joué un rôle non négligeable dans la critique du système soviétique et son effondrement futur. Mais son cinéma, entre carnaval et mélancolie, se distingue par son langage neuf, moderne, poétique. Cinéma dans le cinéma, Le Syndrome asthénique, sur lequel s’est particulièrement acharnée la censure, décrit le désarroi de la société soviétique et l’incommunicabilité quotidienne entre citoyens, dans une sorte de fureur hémorragique : hémorragie d’histoires (on en compte au moins trois), d’images (en noir et blanc et en couleur) et de paroles (dont l’emploi d’un argot russe très vulgaire et violent qui a fait frémir le pouvoir). Sa structure, hachée, chaotique, déchaînée, renvoie l’image d’un pays au bord à la fois de l’asphyxie et du fascisme le plus insidieux. Un film sans pitié (dans le portrait d’une société) et sans concession (sur le plan cinématographique). Dans ce “sans” se tient toute la morale de Kira Mouratova.
André Roy, 24 images