La comédie à l’italienne a rarement été aussi mordante que dans Affreux, sales et méchants, une farce noire qui mêle opéra bouffe et néoréalisme pour conter l’ascension d’un Guépard des bidonvilles.
Ici, le fauve racé de Visconti prend les traits tirés du pauvre Giacinto (Nino Manfredi), un vieux renard qui a touché des assurances une indemnité d’un million de lires pour la perte d’un oeil brûlé à la chaux vive. Ce magot excite la convoitise de sa femme, ses dix fils et sa belle-famille, qui conjuguent les sept péchés capitaux à l’ombre du Vatican, et préparent une révolution de palais lorsque Giacinto part s’amuser avec une prostituée fellinienne.
Tourné dans un agglomérat de taudis, avec un mélange de professionnels et de débutants, cet hymne au réalisme grotesque réunit une distribution étonnante.
Entre un unijambiste surnommé Zatopek et une garderie en forme de camp de concentration, Ettore Scola a signé une satire corrosive à mi-chemin entre les intrigues de Dynastie et la folie de Satyricon. Mais ce soap-opera-ci tache tout ce qu’il éclabousse, et salit tout ce qu’il touche. Plus proche de l’Accatone de Pasolini (qui avait projeté, avant sa mort, de tourner une sorte de préface au film) que du paternalisme bienveillant de Vittorio De Sica (Miracle à Milan), Affreux, sales et méchants a de quoi offenser tout le monde. Il fut d’ailleurs attaqué à sa sortie aussi bien par les catholiques – qui n’y retrouvaient pas l’image idéalisée du “bon pauvre” – que par la gauche – aux yeux de qui Scola avait réalisé un film anti-prolétaires…
Georges Privet, Voir