De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites

Paul Newman

1972 . ETATS-UNIS . 1H40

Totalement hors système, tourné en famille, De l’influence des rayons gamma accomplit une alchimie miraculeuse. On pense à Wanda de Barbara Loden et à Une femme sous influence de Cassavetes.

Comme ces héroïnes, Beatrice est une femme au foyer qui finit par battre la campagne, l’air goguenard, mains sur les hanches et pieds en canard. Elle élève seule ses deux filles, Matilda, 13 ans, et Ruth, 17 ans, dans une vieille bicoque. Ultra-énergique, étourdissant, le jeu de Joanne Woodward est une suite de hurlements, de piques et de colères. Cette femme qui ne tient pas en place mais qui pourtant n’a jamais bougé d’un poil finit comme par tourner à vide. Le huis clos mère-filles, la petite scène de la maison, les tirades de Beatrice laissent attendre une chronique à la Tennessee Williams. Mais le film change de cap. Écrasées par une mère trop voyante, les deux filles passent progressivement au premier plan.

C’est vers la petite dernière que le trajet nous conduit : Matilda (Nell “Potts” Newman), enfant sereine et fermée, magnifiquement filmée par son père, seule tête blonde de la maison, aussi mutique que sa mère est loquace. La petite fille rompt le cercle de l’enfermement, elle fait entrer l’univers dans la maison et cultive la vie dans un foyer où de vieux pensionnaires viennent mourir. Avec cette Alice au pays des marguerites, l’imaginaire enfantin recouvre le film de magie et ouvre le drame familial au dehors. Paul Newman accompagne ses marguerites entre trois âges avec un lyrisme retenu. Sa mise en scène très sobre redouble l’émotion, révélant des immensités d’angoisse ou d’espoir là où l’on ne voyait que le cours tranquille d’une famille bancale. Progressivement, un par un, le film éclaire le jardin secret de chacun des personnages, effeuillé tour à tour jusqu’au coeur.

Agata Makino, Chronicart

Ce film n'est pas à l'affiche
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