Léon Morin, prêtre

Jean-Pierre Melville

1961 . FRANCE, ITALIE . 2H10 - VO FR

Léon Morin est, dans la France austère et comme en suspens de l’Occupation, une figure spirituelle d’exception qui fascine Barny (Emmanuelle Riva), jeune femme proche du Parti communiste, mais hantée par un Dieu caché que Morin lui révèle par des réflexions, des lectures, l’ascèse exemplaire de sa vie modeste. À l’opposé de toute bondieuserie, le prêtre, qui a sous sa soutane reprisée la silhouette athlétique d’un Jean- Paul Belmondo de vingt-huit ans, exerce de plus sur elle une attraction physique que Melville suggère avec un tact constant. Amant chaste porteur d’un indicible message, Léon Morin passe de la séduction souriante à certaines brusqueries et punitions qui découragent et stimulent en même temps le désir de Barny, et c’est la qualité de cette frustration qui bouleverse durablement sa vie. Face au personnage complètement psychologique de la jeune femme, à l’écoute de chaque accident de sa sensibilité, Morin incarne un certain refus du romanesque, dont il propose cependant certains attraits. Et l’originalité du film tient au fait de montrer ce duel de caractère comme les signes féconds d’une impossible adhésion.

Jacques Fieschi, Dictionnaire des personnages du cinéma

C’est, parmi les premiers films de Melville, le plus maître de son univers plastique : cette grisaille savante, cette ville de province étroitement contemporaine du Nevers de Resnais, ces zones d’ombre et de lumière (peut-être un peu facilement métaphysiques)… C’est le plus dominé dans son interprétation – jusqu’ici le principal point faible de l’auteur. C’est enfin, et surtout, le plus assuré dans sa démarche, qui soumet l’espace et le temps à un traitement souvent inédit, en tout cas sans réplique : une caméra extrêmement intuitive et déliée, une “continuité” en perpétuel discontinu, qui par son morcellement abrupt se soucie aussi peu de scènes achevées que de typisme bouclé, pour le plus grand bénéfice des personnages et de l’intensité passionnée dont ils débordent.

Roger Tailleur, Positif

Ce film n'est pas à l'affiche
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