Monsieur Klein

Joseph Losey

1976 . FRANCE, ITALIE . 2H02 - VO FR

Loin d’être persécuté par les nazis, Robert Klein navigue sans scrupules dans les eaux troubles de l’Occupation. Jusqu’au jour où il se découvre un homonyme juif et en fuite. Irrité, puis fasciné et finalement consentant, Klein prendra la place de l’homme traqué qui porte son nom.

Si le talent d’Alain Delon s’est souvent égaré, en des bandes médiocres et bruyantes, la vedette sait toujours se rappeler au meilleur souvenir des cinéphiles : car, avec Losey, Delon prend le risque de s’associer à un projet manifestement peu commercial, et celui, bien plus grave, de “pervertir” son image au mépris d’un plan de carrière, puisque M. Klein n’a rien pour plaire aux foules. Ce bourgeois pâle, veule et dur à la fois, cet affairiste atrocement ordinaire, qui se faufile de nuit dans les interstices de la guerre, porte toutes les croix de la mauvaise conscience française, saisie à son heure la plus douloureuse.

Delon plonge la tête la première dans ce cloaque gris, il endosse sans retenue la pelure de “Monsieur Dupont, son chapeau feutre et sa gueule de con” (entretien dans Cinématographe, n° 103). Sa performance d’acteur est audacieuse. Rarement une star au faîte de son personnage (Delon a quarante ans en 1976) aura accepté ainsi de se désincarner, de se dépouiller de sa légende, pour se fondre, littéralement, dans le troupeau des rejetés de l’Histoire : la dernière séquence du film, sans doute parmi les plus vraies jamais tournées sur la tragédie de l’Occupation, montre un Delon hagard, fantomatique et pourtant réconcilié avec lui-même, perdu dans la marée des déportés et se retrouvant en elle.

Manuel Carcassonne, Dictionnaire des personnages du cinéma

Ce film n'est pas à l'affiche
.
CETTE SEMAINE AU CINEMA ARENBERG SEMAINE SUIVANTE