Sourires d’une nuit d’été est le film qui révéla Bergman à la presse internationale durant le festival de Cannes 1956. Quelques semaines plus tard, le film sortit à Paris avec un grand succès.
C’est un vaudeville à la fois sérieux et ironique, où les épisodes les plus dramatiques dégénèrent en péripéties de comédie : ex., la pendaison ratée de Henrik qui déclenche dans sa chute le mécanisme du lit mobile venu de la chambre contiguë sur lequel repose sa bien-aimée. Le film traite de la guerre des sexes de manière à mettre en valeur les différences psychologiques séparant les hommes et les femmes. À l’homme appartiennent l’égoïsme, la lourdeur empesée ou maladroite, une volonté d’affirmer, notamment par la violence, une dignité constamment menacée par le ridicule. À la femme, la légèreté, les calculs conscients et inconscients, la connivence avec la vie et finalement la sagesse.
À certains moments privilégiés, ces différences irréconciliables s’anéantissent dans les jeux du plaisir et de l’amour. L’entrelacs des personnages, la qualité littéraire et l’humour des dialogues, la conduite aisée et classique du récit, la variété du ton et des péripéties, le climat d’érotisme et de sensualité lié à la poésie de l’heure et du lieu atteignent ici une plénitude que Bergman ne retrouvera jamais plus. Il faut la goûter une dernière fois avant qu’elle soit gâtée par le pathos, l’intellectualisme et les prétentions métaphysiques de l’auteur. Ce film, qui clôt la première période de Bergman, la plus féconde et la plus riche (seize films en dix ans pour un metteur en scène de trente-sept ans), contient aussi l’un des plus beaux quatuors d’actrices de l’histoire du cinéma : Eva Dahlbeck, Ulla Jacobsson, Harriet Andersson, Margit Carlquist.
Jacques Lourcelles, Dictionnaire du cinéma