Alors que j'avais écrit bien innocemment un billet sur "le Ruban blanc", je consulte les anciens articles postés sur le BAM et je tombe sur Asketoner relayé par Tatum.
Bon, bien évidemment, mon article enthousiaste à propos de la palme d'or tombait à l'eau, d'autant plus qu'il s'intéressait entre autres à cette scène du fouet dont parle Asketoner. On risquait la redite, et donc le type qui prend la parole en ignorant qu'on a déjà parlé du sujet en question (toujours désagréable).
Bref, à mon message initial qui défendait l'idée qu'Haneke maîtrisait les moyens du cinéma (bande-image, bande-son, passage de relais de l'un à l'autre, installation de la tension), je préférerai donc une réponse à Asketoner, ou plutôt à sa conclusion.
Le Ruban blanc est-il un film de lâche parce qu'il ne résout pas « clairement » l'intrigue qu'il met en place ? Une manière d'instiller le soupçon sans s'engager ?
Je trouve cette conclusion peu convaincante et même en opposition avec le reste des remarques d'Asketoner.
Asketoner reproche à Haneke dans son utilisation du hors-champ de prétendre à la suggestion mais de s'y livrer de manière tellement appuyée qu'elle en devient de la monstration.
Il reproche également la position d'auteur, « hautaine et déplacée », d'Haneke, par rapport au spectateur.
Je pense au contraire que le fait que l'intrigue du "Ruban blanc" reste en suspend est une preuve de confiance envers le spectateur, confiance qu'il pourra construire lui-même du sens à partir du film, sans qu'on doive lui souffler qu'en penser.
En semant un certain nombre d'indices tout au long de son scénario, Haneke suggère sans imposer. Il propose vraisemblablement un discours sur un système d'éducation qui a conduit une génération d'Allemands à une adhésion à l'idéologie nazie. Mais si le spectateur désire y voir autre chose, cela est possible, voire même encouragé car aucune conclusion qui dise au spectateur « voilà ce que tu dois penser de cette histoire, rentre chez toi en paix, l'énigme est résolue ».
Cela renvoie à « l'œuvre ouverte » d'Eco : une œuvre peut être ouverte, si elle met les conditions en place pour que son récepteur participe à sa construction.
Haneke, dans son scénario est donc bien dans la suggestion, et délègue une partie de son pouvoir au spectateur quand il s'agit de faire sens. L'auteur n'est pas le seul à détenir le sens, il ne refuse pas de le dévoiler, il demande au spectateur de participer pour faire naître du sens.
J'ai par exemple entendu des analyses sur "le Ruban blanc" qui s'attachaient aux racines du nazisme, d'autres à l'éducation des enfants et à la discipline, d'autres au manque d'amour (à part l'instituteur et la jeune fille dont il tombe amoureux, on ne trouve pas beaucoup d'amour dans ce village), etc etc
Est-ce de la lâcheté d'ouvrir la porte à différentes interprétations ? Alors que son précédent film, « Funny Games US» était un discours brechtien sur le pouvoir qu'a le réalisateur sur le cours du film, on appréciera donc cette ouverture d'Haneke, qui plante le cadre, suggère mais n'impose pas. On se risquerait presque à parler d'humilité... à propos d'Haneke, c'est dire...
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