Mona Vatamanu & Florin Tudor

Ecran d'art - 11 mars 2010

Disséquer par le biais de la photographie et de la vidéo les moments de l'histoire de la Roumanie et leur mémoire, tel est l'enjeu du travail de Mona Vatamanu et Florin Tudor.

En s'intéressant aux mutations architecturales qui redéfinissent la question du territoire, ce jeune duo cherche à réactiver la mémoire collective de la culture roumaine en revenant sur des lieux historiques dont Ceausescu a fait table rase.

La vidéo Vacaresti (2006), ainsi que l'installation Dust (2005-2007) qui lui fait suite et a été présentée dans le pavillon roumain lors de la dernière Biennale de Venise, montrent les images d'un paysage d'hiver désolé que parcourt Florin Tudor et dans lequel il dessine symboliquement, à l'aide d'un bâton et d'une corde le périmètre invisible de l'église de l'ancien monastère Vacaresti, construit au XVIIIe siècle.

Situé dans une zone très pauvre de la ville et détruit en 1986, comme de nombreuses autres églises, palais et monuments, par le régime de Ceausescu, il y a aujourd'hui à son emplacement un centre commercial en construction. Singulier remplacement du spirituel par le matériel. Dans une autre zone de la ville, derrière le Palais du peuple, qui abrite désormais et fait cohabiter, non sans contestation, le Musée national d'art contemporain et le Parlement, un immense terrain vague rappelle l'inachèvement de ce projet mégalo-maniaque, qui a nécessité la destruction de nombreux quartiers d'habitation. L'Eglise orthodoxe roumaine a le projet d'y édifier une cathédrale, la cathédrale de la Rédemption nationale - un nom significatif -, qui devra être aussi grande que le Palais lui-même. Une perspective architecturale pour le moins surprenante qui consiste à faire coexister sur le même terrain le pouvoir profane et le pouvoir sacré. « Ils devraient la construire sur l'autre bâtiment pour réaliser quelque chose d'encore plus monstrueux », commentent ironiquement Mona Vatamanu et Florin Tudor. Ainsi, dans Dust, la présence de sacs de ciment se vidant progressivement et accompagnant les images de la vidéo devient un moyen réel de créer une étonnante dialectique entre le passé, si lourd soit-il, et un présent autrement problématique - deux histoires qui continuent tant bien que malà cohabiter.

Si l'architecture est bien le fil conducteur de leur travail, comme pour d'autres artistes d'ailleurs, c'est parce que, quelles que soient les époques - du communisme ou du néolibéralisme actuel -, elle incarne le pouvoir religieux, politique ou aujourd'hui économique. Quel travail de mémoire est-il donc possible de faire face à cela? Dans l'hommage discret à La Pluie (Projet pour un texte) (1969) de Marcel Broodthaers et intitulé Ploaia/The Rain (2005), Florin Tudor tente en vain de dessiner d'après mémoire l'architecture des immeubles communistes où Mona Vatamanu et lui ont grandi. Le dessin ne peut en réalité jamais aboutir, continuellement effacé par la pluie; la mémoire ne peut donc symboliquement jamais advenir.

(Tiré de " La scène roumaine, un art sans concession")

A lire aussi, l'article au sujet de Mona Vatamanu et Florin Tudor

Le site de Mona Vatamanu & Florin Tudor

Programme de la soirée du 11 mars 2010

Au cinéma Arenberg à 21H30

Procesul (The Trial), 2004-2005, video, 37'24"
Manifestul (Manifest), 2005, film, 1'32"
Plus Valoarea (Surplus Value), 2009, film, 4'50"
August, 2004-2007,film, 16'40"
PRAFUL (THE DUST), 2006, FILM, 6'08"

 

Related to



Related to author

Living Theatre
"MAHLOUL, A PALESTINE JOURNEY" de Gary Brackett, 2009
« Jaffa, la mécanique de l’orange »
Histoire d’un symbole, un film d’Eyal Sivan